Un héros accompli ne peut se détourner d'Amour
Introduction
Le roman français de chevalerie ne date pas d'hier et nous devons tout à Chrétien de Troyes, un clerc encore bien mystérieux pour nous autres lecteurs du 21e siècle. Pour l'essentiel, nous savons qu'il nous a légué cinq œuvres parmi lesquelles la troisième: le Chevalier de la charrette.
Le roman, à la demande de Marie de Champagne, suit les pas de Gauvain, d'abord, parti à la recherche de la reine Guenièvre enlevée par Méléagant. Alors intervient un chevalier dont le nom demeure inconnu pendant une bonne partie du récit; ce chevalier néanmoins est mû par Amour lui-même, justifiant d'ailleurs son échec, en premier lieu, puis sa réussite lorsqu'il obtient les faveurs de la reine Guenièvre.
Le lien entre l'amour qu'éprouve le chevalier et son accomplissement en tant que héros est donc explicitement décrit dans l'oeuvre, mais, de la même façon que l'on ignore qui de l'oeuf ou de la poule vint en premier, il semble judicieux de se demander lequel procède de l'autre.
En effet, il est clair qu'Amour dans l'oeuvre guide les pas de Lancelot, notre chevalier jusque-là sans nom; Amour lui dicte bien de commettre les actes les plus humiliants ou au contraire les plus gratifiants pour parvenir à délivrer Guenièvre! Pour autant, Lancelot est déjà un chevalier qualifié, et, par conséquent, on peut dire que cette qualité dont il dispose déjà lui permet de suivre les ordres d'Amour et de sa Dame.
L'héroïsme, en outre, suppose d'être défini. Après tout, l'acte est-il héroïque parce qu'on le reconnaît comme tel, ou bien l'est-il en soi? D'ailleurs, celui qui accomplit l'acte jugé héroïque devient-il un héros pour autant? Sa nature change-t-elle? Peut-on dire qu'on ne naît pas héros mais qu'on le devient?
Il semble bien, in fine que ce vieux roman poussiéreux face oeuvre d'une modernité incomparable, interrogeant, sur fond de roman breton, la nature même de l'homme et des sentiments: est-ce à dire alors, que grâce à la mise en tension entre l'héroïsme et l'amour, l'auteur nous invite à définir l'essence même de l'homme, de sorte à savoir si l'amour naît de notre réputation ou, au contraire, si notre réputation est forgée par nos sentiments et nos actes.
I. L'épreuve chevaleresque ou le dépassement des codes par amour
Osons, pour commencer, l'outrage de réduction et de simplification qui s'impose pour concevoir en quelques lignes toute l'intrigue du roman. L'enjeu même du récit est bien de délivrer Guenièvre. Pour cela, au moins trois personnages se lancent dans la quête: Le Sénéchal Keu, Gauvain et un chevalier inconnu. L'essentiel du récit concerne ce chevalier mystérieux et les épreuves auxquelles il se trouve confronté jusqu'à accomplir l'exploit de libérer la reine. En d'autres termes, plusieurs chevaliers sont mis en concurrence de sorte à accomplir une quête, atteindre l'objet de leur désir, et le seul à accomplir la tâche, et à s'accomplir en tant que héros est justement le personnage mû par Amour.
Par conséquent, il convient d'étudier d'abord l'itinéraire des déviants d'Amour, puis d'aborder les épreuves de l'amant et enfin l'accomplissement du héros.
a. Les déviants d'amour
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b. Les épreuvres de l'amant
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c. L'accomplissement du héros
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II. Mais Lancelot est déjà l'archétype du héros accompli
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III. De la geste médiévale à l'analyse sentimentale: Lancelot ou le roman entre deux rives
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